« L’affaire Coca-Cola », le film qui a fait trembler le géant américain

par le 26.sept, 2011, dans Cinema

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« L’affaire Coca-Cola », même si son nom ne l’indique pas, a pour cadre la Colombie. Derrière ce titre, quelque peu sibyllin, se cache des faits connus de tout amateur de la vie politique et sociale colombienne. J’ai nommé l’assassinat de syndicalistes par des paramilitaires, sicarios, bandas criminales et autres petits malfrats. Ces faits-divers se retrouvent dans chaque journal et de manière assez régulière, en disant long sur la fréquence et l’étendue de ces pratiques.

En 2009, 48 syndicalistes ont été abattus en Colombie, soit presque la moitié des victimes mondiales. Comment expliquer cet état de faits? Pourquoi un nombre si élevé en Colombie? Les mauvaises langues et les raplaplas du ciboulot diront que la Colombie est un pays violent et ne chercheront pas plus les tenants et les aboutissants de cette affaire.

Pourtant, la vérité est assez simple si l’on prend la peine de la chercher. Ces victimes, dont 22 d’entre elles étaient des leaders syndicaux (comme par hasard…) ont eu le tort de travailler pour certaines multinationales sans foi ni loi, trop heureuses de profiter des « facilités » colombiennes.

Le film, sus-mentionné, dirigé par German Guttierez et Carmen Garcia, raconte la bataille d’avocats de la United Steelworkers et de l’International Labor Rights Fund, David Kovalik et Terry Collinsworth contre le tout-puissant Coca-Cola et ses usines d’embouteillage basées en Colombie. Profitant de l’Aliens Tort Claims Act, une loi vieille de 200 ans, permettant aux tribunaux de première instance de se prononcer sur des délits commis à l’étranger et contrevenant au droit international, le syndicat colombien, Sinaltrainal a alerté la United Steelworkers, une organisation syndicale américaine, contre les pratiques de Coca-Cola en Colombie.

Une dynamique s’est tout de suite créée autour de cet affaire. Le géant Coca-Cola qui, pour certains, représente le rêve américain à abattre, un idéal fantasmé rempli de marketing et de poudre aux yeux, était une icône de choix à abattre et juste de « l’eau sucrée » pour David Kovalik, l’avocat de la United Steelworkers.
Pour les aider dans cette tâche, ils ont fait également appel à Ray Rogers, fondateur de Corporate Campaign, qui a mené une campagne de décrédibilisation (Stop Killer Coke) de la marque Coca-Cola à travers les Etats-Unis, avec comme résultat l’interdiction des produits Coca-Cola dans plus de 60 universités américaines et étrangères.

Devant ces actions déterminées, la multinationale américaine a décidé de négocier. Elle a proposé un million de dollars à partager entre les demandeurs colombiens. Ce qui a été évidemment refuser, non pas pour la somme en elle-même, mais pour le manque de considération de Coca-Cola pour des travailleurs non américains qui ne pourraient prétendre, selon eux, aux dizaines ou aux centaines de millions de dollars octroyés aux victimes américaine dans de pareils cas.

Accusé de huit assassinats de syndicalistes colombiens, Coca-Cola a continué à vouloir négocier tout en tentant de museler les syndicalistes colombiens, soit par démission ou soit par l’interdiction de poursuivre d’autres multinationales dans l’avenir. Sinaltrainal, le petit syndicat colombien, a préféré une victoire politique que financière. L’argent n’était pas leur priorité. Comme le dit David Kovalik à la fin du film, peut-être que SinalTrainal voulait seulement envoyer paître Coca-Cola et ses milliards de dollars. Juste un pied de nez de David à Goliath.

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    4 Comments for this entry

    • Romain

      Sébastien, en complément de ton article qui résume bien cette affaire qui continue de faire du bruit, j’ajoute le site de la campagne visant à nuire à l’image de Coca Cola:http://www.killercoke.org/
      On y retrouve notamment les noms des présumés 8 syndicalistes abattus principalement dans le nord du pays.
      Vers la fin du film, on assiste véritablement à un chantage de la firme américaine qui, motivée par l’argent, tente de faire dissoudre le syndicat du secteur agroalimentaire en vain.
      De plus, je tiens à préciser que les réalisateurs, producteurs et distributeurs du documentaire ont du faire face aux pressions exercées par le géant du soda pour empêcher sa diffusion au cinéma. C’est pourquoi qu’il n’est sorti que dans de petites salles aux États Unis. Néanmoins, il a été présenté, en mars 2010, lors du Festival international du film des droits de l’Homme à Paris.

    • Sébastien

      Merci Romain pour ce commentaire qui complète bien mon article. :)
      J’en profite ici pour dire que si quelqu’un connait des reportages ou des films sur la Colombie qu’il n’hésite pas à me le faire savoir. J’en parlerai avec grand plaisir dans un prochain article.

    • Romain

      Sébastien, si tu ne veux pas oublier une seule production colombienne dans la rubrique « cinéma », je te recommande « Los Colores de la montaña » de Carlos César Arbeláez.
      Ce film aborde, une fois de plus, le conflit armé tout en le contrastant avec l’univers naïf et enfantin de 3 amis qui vont, par tous les moyens, tenter de récupérer leur ballon dans une zone à haut risque….. je n’en dis pas plus!!! À vous de le voir ;)

    • Sébastien

      Oui, j’en ai entendu parler. Les critiques ont l’air bonnes. J’espère pouvoir le voir bientôt.
      L’autre film très attendu en Colombie est « El páramo », toujours plus ou moins sur le conflit, avec une base de l’armée colombienne à 4 000 mètres d’altitude, où un seul survivant est retrouvé. Un film angoissant et sûrement plein de rebondissements.
      Je laisse le lien du trailer ici : http://www.youtube.com/watch?v=2NO3TWaxRXc&feature=player_embedded

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